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Numéro 61 - 07 septembre 2016
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Culture, politique : vacuité et aporie ?

Il est du contrôle et du pouvoir comme de la moule pas fraîche, quand on en abuse, ça fait mal ventre.

La gigantesque entreprise prétendument culturelle des Alpes-Maritimes (Estivales, C’est pas classique, Festival du conte des Alpes-Maritimes et j’en passe) est un exemple merveilleux de l’intoxication que les politiques peuvent faire subir aux citoyens, aux artistes bref, à la culture.

À trop vouloir absorber les initiatives, contrôler la production artistique émergée et faire plaisir aux copains, nos élus, qui ne saisissent pas ce qu’Art et Culture signifient, dénaturent, brident, rabotent et tordent à leur gré toute initiative pour n’en faire qu’une bouillie infâme et uniforme : leur culture. Certes, subsistent quelques irréductibles qui organisent des festivals sans eux, des artistes qui se produisent ou se vendent ailleurs. Mais les grands événements du département, en termes d’image et de retombées médiatiques sont bel et bien creux, vides, mous.

« Venez mes amis, je vous donnerai des subventions... » et le jour où vous tournerez la tête, il faudra changer le nom, modifier le programme ou laisser la direction artistique de votre « bébé » à la machine politico-administrative qui traite les festivals comme on traite un dossier, c'est-à-dire mal, en retard, sans le comprendre, parce que comprendre fait mal à la tête et demande de se sentir concerné.

« Pour vous, grâce à vous » et pourquoi pas « en vous, pour les siècles des siècles »… Démagogie, quand tu nous tiens ! Alors que le prétexte du bien commun est avancé, ce n’est que l’image dans le torchon local qui est recherchée : « Hé, ho, t’as vu, j’ai fait quelque chose pour la Culetturre » (Ne pas faire remarquer que cela s’écrit Culture en public si on espère avoir des sub’). Que celui qui pense que le Palais de Tokyo est au Japon (sic) se souvienne qu’il ne suffit pas d’avoir des administrés talentueux pour l’être soi-même. Mais, en se drapant dans sa dignité de légitime plébiscité, l’élu fait comme la grenouille de Monsieur de La Fontaine, il gonfle d’orgueil jusqu’à se prendre pour un démiurge. Bien mal lui en a pris, sans comprendre la portée de ses actes, il agit parce qu’il faut agir, toute politique aujourd’hui est portée par l’action et cette action doit être vue : peu importe ce qu’on montre, il faut montrer pour occuper le champ si durement conquis ; l’invisible est absent de la pensée politique.

Je me souviens encore d’un festival : le Festival du conte des Alpes-Maritimes. Passionnés, quelques amateurs de conte organisaient, autour d’une résidence d’une semaine, un flot de paroles sublimes et de moments rares. Subventionné, le festival a fini par coûter trop cher aux yeux de ceux qui comptent. Aujourd’hui, repris par nos inénarrables élus, il traîne, au cours de soirées chaudes et estivales (quoique gratuites), des lectures faites par des sommités qui, bien que talentueuses, ne content plus. Pour un peu, le bourgeon saillant à la tête de la collectivité organisatrice se targuerait d’en être l’instigateur.

Alors, amis artistes, ne serrez pas la paluche de n’importe qui et ne marchez pas dans les plates-bandes des politiques, vous risqueriez d’y laisser votre vertu.

Qu’on se comprenne bien, je n’ai rien contre le fait que l’argent public serve au soutien de la création, mais à condition de ne pas l’asservir.

 

Emmanuel Desestré aux Urbains de Minuit


Sic semper tyrannis.

 

Marcus Junius Brutus Caepio (vers 85 av. J.-C. - 42 av. J.-C.)

 

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