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Numéro 61 - 07 septembre 2016
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Journal d'un Dandy à talons aiguilles

Rentrée littéraire des UdM

 

« Un  jeune Urbain se promène dans les rues niçoises. Juché sur de longs talons aiguilles il observe sa vie défiler comme dans un film dont la réalisation lui échapperait. A l’image du festival de la Saint Narcisse, plongeons à cœur perdu dans l’égo du protagoniste. »

Acte 1 : La marche de l’empereur

Je me sens brûler de désir chaque fois que le talon claque le bitume sous mon pied. Allant et venant sur le trottoir, les vitrines ne me renvoient pas seulement mon image mais exposent mon visage à la lueur des néons sur les étalages. La générosité est symptomatique d’humanité, il faut accepter de s’offrir à qui souhaite recevoir.

Clac, clac, clac, ce bruit résonne et ricoche sur les murs Belle époque. C’est le monde qui défile sous mes pas tel un tapis roulant où je resterais impassible et droit, un nœud papillon saillant ma pomme d’Adam, figuration d’un diamant ornant le sommet d’une couronne.

Clac, clac, clac, « Petite salope » me lance-t-il à l’arrêt de sa grosse bagnole, compensant son ersatz de demi-molle, le regard provoquant et la truffe retroussée. Moi je ne porte pas de talons pour nourrir un manque de taille, je ne triche jamais sur la marchandise, je n’expose pas ma peau comme de la viande de boucherie, on n’habille pas un animal en costume pour l’emmener à l’abattoir. Je hausse le menton, pulpe ma bouche, creuse mes joues et continue ma route où les platanes s’épuisent à vouloir me faire de l’ombre.

Acte 2 : The sound of noise

Clac, clac, clac, à chaque traversée je rencontre une symphonie. Le camion-poubelle joue la grosse caisse pendant que les deux roues s’égosillent aux cuivres. Les  couverts du couple qui déjeune à la terrasse du restaurant s’essaient timidement au triangle, pendant que j’entame mon solo en talons face aux quatre fumeurs du bar PMU.

Clac, clac, clac, mes talons aiguillent rythment la composition et mon corps tout entier résonne, entonnant le chant vibratoire sur l’ensemble harmonique.

Les regards médusés suspendent le concert, une respiration avant de reprendre la mesure, je souris au buraliste, prend mon paquet de cigarettes, tourne les talons et reprend mon solo en cédant un « merci ».

Clac, clac, clac, « C’est un homme à talons ? », clac, clac, clac. Il faut toujours qu’il y en ait un dans le public qui tousse un peu trop fort ou qui ouvre un paquet de popcorn un peu trop brillamment.

Acte 3 : Musée haut musée bas

Clac, clac, clac, je marque l’arrêt. A quel moment me suis-je égaré dans l’immensité de la jungle urbaine ? Assis sur un muret, les doigts fumants de la blonde que je pose à mes lèvres, je contemple mon reflet dans la flaque miroitante posée sur le trottoir. Intrigué par la fréquence que l’eau pourrait avoir, j’ôte mon pied droit de sa coquille sublimatoire et pose un orteil sur la surface sensible. L’étendue ondule et les ronds s’étendent jusqu’aux bordures du monde, caressant le bitume. De plus en plus grands, ils atteignent mon autre chaussure. Ce sont des vagues à présent, je peux sentir les embruns sur mon visage, l’odeur de l’iode caressant mes narines. Le temps se rafraichit et l’atmosphère se fait noire. C’est une tempête qui s’apprête à m’emporter. Le niveau de l’eau augmente dangereusement. Paniqué je saisi le talon de ma chaussure et y repose mon pied ; elle grandit. Mon talon aiguille rivalise avec la botte de sept lieux et je me retrouve assis tout entier sur une semelle géante, enlaçant l’aiguille de mon talon pointé vers le ciel et flottant sur des flots inconnus.

Clac, clac, clac, font les vagues sur l’océan.

A suivre ...

NLF  aux Urbains de Minuit

(Texte et photographie : Nydenlafée - Modèle : John Marenchino)

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Numéro : 56 -